La grande bouffe d'un Cinéphage Obsessionnel et Noctambule

04 août 2009

FISH AND CHIPS un film de Damien O'Donnel

Fish00TitreFish_chips

Recette de Damien O’Donnel.
Préparée par Om Puri, Linda Basset, Jimi Mistry...

Mis en boîte en Angleterre, courant 1999.
Bouffé dans la nuit du 12 au 13 juin 2009.

Larecette

1973 - Georges Kahn (Om Puri), pakistanais d’origine, est l’heureux propriétaire d’un Fish and Chips à Salfort, dans le nord de l’Angleterre. Surnommé Genghis Kahn par ses enfants, il essaie de faire d’eux des musulmans modèles...
Mais lorsqu’il se met à leur organiser des mariages arrangés, c’est toute la famille qui semble au bord de l’implosion.
Et sa femme, Ella (Linda Basset), anglaise pure souche, a beau l’aimer, elle veut avant tout le bonheur de ses enfants...

Fraicheur

« Fish and Chips » est un film d’une incroyable justesse. Sous ses faux airs de comédie sans prétention, il aborde un problème social très particulier: la difficile intégration des Pakistanais dans l’Angleterre des années 70. (dis comme ça, on croirait le titre d’une thèse de sociologie...)Fish06
Bien que réalisé par un anglais , ce film est librement adapté d’une pièce autobiographique d’Ayab Kahn-Din; une pièce qui a connu un grand succès à Londres.
Loin d’effacer ce côté autobiographique, Damien O’Brien filme cette chronique familiale en adoptant une véritable démarche naturaliste. Sa réalisation est maîtrisée mais sans esbroufe; la caméra semble plus s’adapter aux personnages, que les contraindre à des impératifs esthétiques; les couleurs délavées collent parfaitement à l’esthétique seventies et donnent aux images leur aspect documentaire,  non truqué.
C’est cette impression de chronique autobiographique qui rend le film si sincère et si touchant.

Fish05Dans sa première partie, « Fish and Chips » semble, en effet, être une étude de moeurs, légère et décomplexée, des Pakistanais d’Angleterre. L’étude de toute une communauté ramenée au microcosme de la famille Kahn.
Chaque membre de cette famille est en effet le stéréotype d’un courant de pensée ou d‘une problématique sociale: le père qui veut à tout pris imposer les traditions pakistanaises à ses enfants, quitte à les renier; son premier fils qui le suit aveuglément pour ne pas le froisser; son second fils qui essaye de s’intégrer au mieux à la jeunesse anglaise, quitte à renier ses origines; sa femme, anglaise pure souche, qui met en avant les incompréhensions culturelles des couples mixtes; son voisin, symbole d’une Angleterre repliée sur elle-même, qui a peur de « l’autre »...
Ces personnages n’ont pas de réelle individualité; ils sont des allégories...

Mais lorsque le père se met à arranger des mariages à deux de ses fils, le film passe de l’étude de moeurs de toute une communauté, à un drame familial en huis clos. Alors que la famille Khan implose, lesFish03 personnages qui n’étaient jusqu’ici que des stéréotypes ambulants, simples moteurs de situations comiques, prennent consistance. Et on entre sans l’avoir vu venir dans le traquenard en clair-obscur d’une tragi-comédie.
Avec comme pilier central, un personnage que n’aurait pas renié Shakespeare: Georges Kahn.
Très justement surnommé Genghis Kahn par ses enfants, il leur impose les traditions d’un pays qui n’est pas le leur. Ce n’est pas par conviction qu’il le fait -puisque lui-même a épousé une anglaise- mais pour une question d’honneur.
Loin d’être caricatural, son personnage est bien plus complexe qu‘il n‘y paraît. Il est un émigré, perdu entre deux pays, entre Fish08deux cultures... Mais il est aussi un père tiraillé entre l’amour de sa famille et les codes d’honneur de sa communauté.
Chaque personnage, d’ailleurs, possède sa propre dualité, que la magnifique bande originale vient souligner dans un mélange de rythmes pakistanais et british.

« Fish and Chips » a été un véritable succès public en Angleterre. Et même si son sujet peut nous paraître lointain, cette chronique parle avant tout de famille, d’éducation, de rapports père/fils, de choc des cultures, et elle en parle avec tant de force et de sincérité qu’on ne peut qu’être touché.

Bonnebouffe


Quelquesmiettes

(A venir)

Posté par Like The Moon à 18:02 - **** Bonne bouffe - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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12 mai 2009

KISS KISS, BANG BANG un film de Shane Black

kiss05Titrekisskiss
Recette de Shane Black
Préparée par Robert Downey Jr, Val Kilmer, Michelle Monaghan...

Mis en boîte aux Etats-Unis, courant 2005.
Bouffé dans la nuit du 04 au 05 Mai 2009

Larecette

Alors qu’il fuit la police, Harry Lockart (Robert Downey Jr) voleur à la petite semaine, atterrit au beau milieu d’un casting de polar hollywoodien, et décroche le rôle.
Propulsé dans un monde de strass et d’excès, la production le confie à un coach, Gay Perry (Val Kilmer) détective privé de renom et gay pas que par le nom. Celui-ci est chargé d’immerger Harry dans le monde du crime…
Et l’immersion est totale puisqu’à l’issue d’une filature des plus banales, ils se retrouvent avec un cadavre sur les bras…
Débute alors une enquête aux multiples rebondissements plus improbables les uns que les autres, dans la plus pure tradition des « romans de gare »…

Fraicheur

Faussement présenté comme un « buddy movie » classique (vous savez, ce genre de films où l’on met côte à côte deux héros complètement différents ; en général, le cerveau et le boulet), « Kiss kiss, Bang bang »kiss02 déploie une intrigue tellement alambiquée et à tiroirs tellement multiples, que les personnages peinent à y trouver leur place.

Au fil du film, Harry, par exemple, tout d’abord voleur à la petite semaine devient acteur, par le plus grand des hasards, avant de se prétendre détective privé pour draguer Harmony.
Parlons d’Harmony, justement. Il la prend tout d’abord (comme nous d’ailleurs) pour une actrice inabordable, avant de découvrir qu’elle est son amour de jeunesse propulsé là suite à un homicide involontaire. Bien vite, on annonce à Harry qu’elle s’est suicidée, alors qu’elle débarque bien vivante chez lui, en lui expliquant que sa sœur lui a piqué son identité et que c’est elle qui s’est tuée…
Vous n’avez pas tout suivi ? Ce n’est pas grave… Ces personnages sont complètement instables, et leur fonction narrative, en permanente évolution, est sans cesse remise en question…

kiss01Si on ajoute à cela, les multiples ramifications de l’enquête, on se sent complètement perdu. Et chaque fois qu’on croit démêler les fils de l’intrigue, un nouveau rebondissement vient détruire nos certitudes.
Cette impression (parfois désagréable il est vrai) de se sentir perdu dans un flot d’indices, de personnages et d’évènements sans liens apparents, trouve son point culminant lorsque la voix-off de Harry nous interpelle : « Et toi ? T’en dis quoi, spectateur ? Tu as résolu l’affaire des morts de L.A. ? »… Or, à ce stade du scénario, seul un spectateur extralucide (ou un psychopathe chronique à l’imagination débordante) est capable de découvrir le pourquoi du comment de l’affaire.
Cette voix-off vient en fait comme un pied de nez ironique nous rappeler que l’intérêt du film ne réside pas dans l’intrigue mais dans l’atmosphère.

« Kiss kiss, Bang bang » est en effet un hommage aux « pulp fictions » des années 60. Ces romans policiers qu’on appelait chez nous « romans de gare ».
Bien sûr, l’univers du film se veut résolument contemporain, mais l’imagerie « pulp » suinte de partout, de par cette intrigue alambiquée, ce monde qui ressemble au nôtre mais ne répond pas aux mêmes codes, mais surtout de par ce personnage de détective privé, véritable colonne vertébrale du scénario.

Pour rendre cet univers crédible, Shane Black, son chef opérateur et son chef décorateur, avouent s’être inspirékiss06 des visuels de Robert McGuinness, créateur des couvertures de nombreux « pulp fictions ».
Ce ressenti est accentué par le travail d’orfèvre mené sur les dialogues où jeux de mots et phrases chocs sont légions, par les réactions irréelles et parfois incohérentes des personnages, et par la loufoquerie des scènes d’actions… Tout ceci concourant à créer un véritable décalage, typique des romans de gare.

Au beau milieu de cet univers, Gay Perry, l’image du parfait détective privé.
Il semble à l’aise en toute circonstance (aussi bien pour se débarrasser d’un cadavre que pour s’extirper d’une séance de torture…) et s’en sort toujours avec classe et humour.
Il a d’ailleurs une fâcheuse tendance à avoir sans cesse un train d’avance dans la résolution de l’enquête, souvent de manière incohérente (lorsqu’il engage la filature de la fille à la perruque rose qu’on ne connaît ni d’Eve ni d’Adam; lorsque la seule allusion à une petite culotte lui fait résoudre toute l’affaire…).
Contrairement à Harry et Harmony, deux personnages difficiles à cerner (comme nous l’avons vu plus haut), il est lui, un stéréotype ambulant et répond à tous les codes du genre.

Ajoutons à cela un découpage du film en chapitre, une voix-off omniprésente, des flashes back catapultés, et nous voilà face à un « pulp  filmé », tout simplement fascinant, mais dont nous ne pouvons rester que simple spectateur.
kiss03Impossible en effet de s’identifier à Harry qui nous ramène en permanence à notre rôle primaire d’auditeur à qui l’on raconte une histoire…
Impossible non plus de s’identifier à Gay Perry tant il n’est qu’un stéréotype sans réelle consistance.

« Kiss kiss, Bang bang » est donc un étrange « buddy movie » qui en déroutera plus d’un par ses partis pris.
Il est d’ailleurs étrange de voir défiler le nom de Joel Silver au générique de ce film qui brise allègrement les règles d’identification du spectateur, de cohérence du scénario et de grandiloquence des scènes d’action.
Des codes qui sont d’habitude le fondement même des productions Joel Silver.

Bonnebouffe


Quelquesmiettes

(A venir)

Posté par Like The Moon à 18:47 - **** Bonne bouffe - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
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